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Mémoire Vive - Baldur's Gate

Mémoire Vive - Baldur's Gate

La Mémoire Vive de ce chaud mois de juillet s’attaque à un jeu de rôle qui a occupé nos journées, soirées et nuits entières puisqu’il s’agit de Baldur’s Gate. Sorti en 1999, ce titre a élevé le jeu de rôle PC à un niveau supérieur avec une adaptation avancée d’Advanced Dungeons & Dragons du jeu de rôle papier. Lorsqu’il est arrivé, tout a basculé, et pour le mieux. Wizardry avait disparu, la popularité d’Ultima était en train de s'essouffler et voilà que Bioware nous pond un titre qui se déroule en temps réel avec pause, des décors 2D faits à la main, un monde ouvert non-linéaire et une qualité d’écriture qui surclasse ce que l’on voit sur le marché. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’il est ressorti en version enhanced edition en 2013 pour tourner sur des machines récentes sans patch ou mod spécifique.

Il y a tant à dire sur ce jeu, ce qu’il représente et contient, mais pour les bienfaits de la newsletter, nous allons essayer de ne pas nous perdre dans les méandres d’un texte sans fin.

Une histoire classique mais solide

La boite du jeu sur le bureau, il faut d’abord installer le jeu qui s’étale sur cinq CDs (en 1999, autant dire qu’il faut prendre son mal en patience en priant pour que tous les CD fonctionnent). Et bien sûr, on s’arrange pour faire la grosse installation, afin d’éviter les temps de chargements ultra longs pour maximiser l’immersion (à l’époque, ça tournait sur du disque dur à 7200 rpm, voire 5400rpm pour les plus démunis). 

Une fois que c’est fait, on crée son personnage (j’y reviendrai plus tard) et on démarre l’histoire pour s’apercevoir qu’un type en grosse armure fait du dégâts autour de lui et qu’il n’est pas là pour plaisanter. Tout démarre à Candlekeep, un havre de paix dans lequel vous avez grandi avec votre père adoptif Gorion. Tout allait bien, vous savouriez votre bol de Chocapic et vos cinq fruits et légumes chaque jour jusqu'à ce que soudainement, plusieurs chasseurs de primes souhaitent vous couper la tête, agissant sur les ordres d’un mystérieux inconnu. Ce début de partie est la mise en scène parfaite pour vous présenter les différentes mécaniques du jeu (combats, exploration, dialogues, quêtes et loot). Gorion vous force à quitter la ville sans tarder et sans donner explication. A la tombée de la nuit, il meurt pour protéger votre fuite et c’est tout. 

Vous êtes donc lancé(e) à l'aventure durant 7 chapitres qui vont vous occuper pendant de longues heures. Le jeu vous aiguille rapidement vers les chapitres clés du scénario, à commencer par une histoire de fer frelaté. Avant sa mort, votre père adoptif vous demande de retrouver deux de ses amis dans une certaine auberge. Entre-temps, vous avez la possibilité de faire quelques rencontres plus ou moins heureuses pour rapidement vous rendre compte que le monde de Baldur’s Gate est dangereux, vaste et varié.

Des acteurs de tous types

Avant de vous lancer dans l’aventure, il faut créer votre personnage (si vous jouez en solo). Et c’est ici que l’on retrouve l’adaptation jeu vidéo des règles du jeu papier. Un joli nombre de classes sont disponibles (sans compter toutes les sous-classes de Baldur’s Gate 2 qui ont été importées sur l’enhanced edition). Des attributs et des mécaniques s’affichent partout à l’écran, ainsi qu’une personnalisation de son personnage et une distribution des points de caractéristiques qui se fait suite à un jet de dés. L’avantage par rapport au JDR papier est qu’ici, vous pouvez relancer les dés autant de fois que vous le souhaitez, et c’est d’ailleurs pour cela que la création de personnage peut parfois prendre beaucoup de temps ! 

Votre personnage enfin prêt, vous débutez avec vos quelques points de vie dans Baldur’s Gate, votre bâton et une petite bourse d’or. Une fois sortie de la zone de départ, vous allez vite vous rendre compte de la fragilité de votre héros. Et c’est là que les compagnons entrent en jeu. Éparpillés un peu partout dans le monde, il y en a pour tous les goûts vu que toutes les classes du jeu ou presque sont couvertes par les personnages recrutables, donc pas d’inquiétude à ce sujet. En passant, on vous déconseille de faire un guerrier, un moine, un ranger ou un paladin. Ces classes de guerriers ne sont pas les plus excitantes à gérer au quotidien et vous pourrez en recruter. Quant à la classe de moine, elle fait partie probablement des classes les plus soporifiques vu que vous ne pourrez porter aucun équipement… Et le loot est riche dans Baldur’s Gate !

Les compagnons du jeu diffèrent fortement les uns des autres. Hommes ou femmes, les différents personnages qui peuvent vous accompagner dans l’aventure ont une personnalité propre et unique, voire parfois une quête personnelle qu’il faudra accomplir pour pouvoir les “garder” sur le long terme. Ainsi, le jeu passe d’une aventure assez silencieuse à une vraie basse-cour à gérer, car ces personnages discutent, rigolent et s’engueulent entre eux. Certain(e)s souhaient se joindre à vous sur un coup de tête, d’autres acceptent de rejoindre votre groupe sous certaines conditions. Ainsi, ces naïfs mettront leur vie en danger pour vous aider.  Leur alignement variant du tout au tout, il faut d'ailleurs veiller à mettre ensemble des compagnons qui s’entendent bien - ou au mieux - se supportent, sinon vous risquez d’avoir de mauvaises surprises. 

L’alignement évoqué plus haut - mais aussi la réputation - prennent une place non négligeable dans votre partie, car selon votre façon de jouer, certains compagnons risquent de vous quitter, voire au pire de vous attaquer. Si vous possédez un groupe d’alignement mauvais et que vous résolvez toutes les quêtes du monde comme un bon samaritain pour augmenter votre réputation, ça ne va pas leur plaire. L’inverse est aussi valable et c’est d’ailleurs dommage, car on a l’impression de se trouver devant une version “simplifiée” de la réputation. La bonne nouvelle, c’est que les développeurs ont bien dosé les différents profils, et que dans tous les cas (bon, neutre, mauvais), vous avez du choix en termes de recrutement et quêtes.

Depuis l’Enhanced edition, il est également possible de créer soi-même son groupe de 6 compagnons, comme dans un Icewind Dale. C’est chouette, mais pour vos premières parties, on vous recommande d’y aller avec les personnages recrutables du jeu. On regrette que les trois nouveaux compagnons ajoutés dans la Enhanced Edition (Rasaad, Dorn et Neera) aient une personnalité au raz-des-pâquerettes, mais leurs stats ne sont pas mauvaises. A vous de voir ce que vous souhaitez privilégier.

Une fois en formation, vos compagnons vous suivent. Par défaut, si on vous attaque ou si vous attaquez, ils ne bougent pas. Malgré leur IA à la ramasse, ils ne sont pas stupides car c’est là que les scripts entrent en jeu. Envie d’un mage agressif ? Il balancera des boules de feu. Votre voleur doit attaquer de loin uniquement ? Il balancera des rafales de flèches à tout va. Les scripts sont nombreux et relativement fonctionnels. Il est aussi possible de mettre tout le monde en mode défense pour éviter que l’un de vos mercenaires reste immobile en recevant 10 coups de hache dans la figure.

Enfin, l’expérience est acquise en tuant des ennemis et en accomplissant des quêtes. Elle est ensuite partagée entre vos compagnons. Plus vous avez de personnes dans votre équipe, plus le partage est large. A noter également que si vous avez un personnage multiclassé, il évoluera plus lentement vu qu’il lui faudra 1 point d’expérience dans chaque classe qu’il occupe (ex: 2 points d’xp pour un mage-voleur signifie 1 point en mage et 1 point en voleur contre 2 points pour un simple guerrier). La gestion de l’expérience est relativement passable, voire un peu trop frustrante car le ratio xp gagné/ennemis tués semble parfois un peu incohérent.

Un monde fait pour les explorateurs… Et les voleurs

Baldur’s Gate est un vaste monde. L’extension Tales of the Sword Coast sort en 1999 et ajoute 4 zones, mais elles ne sont pas indispensables pour pleinement profiter du jeu, surtout que ces nouvelles cartes sont assez “bourrines”, c’est-à-dire que vous parlez davantage avec vos armes que votre bouche.

De la forêt au désert en passant par les mines, tombeaux, châteaux et les zones marécageuses, Baldur’s Gate offre une variété de décors, tous plus somptueux les uns que les autres. Les villes sont également différentes malgré une réutilisation des sprites. Les donjons sont nombreux, variés et vous donnent du fil à retordre avec la quantité de pièges et ennemis qu’ils contiennent, sans compter les boss, mais on s’accroche pour l’xp et le loot. La ville de Baldur’s Gate est quant à elle gigantesque et fourmille de zones variées, bruyantes ou peu rassurantes. Mais surtout, les villes du jeu sont des paradis pour tout amateur de crochetage et vol en tout genre, pour peu que personne ne vous voie. Des maisons à visiter ? Il y en a un paquet. Les secrets planqués ne sont pas en manque non plus, à condition d'avoir un personnage dans votre groupe avec un bon score de détection.

Plusieurs zones sont totalement optionnelles, mais explorer le monde du jeu est un plaisir pour le joueur(se). L’appât du loot, la découverte de nouveaux ennemis, voire l’obtention de quêtes uniques et amusantes (comme par exemple le “chien du petit garçon à retrouver” ou encore “la poule qui parle”) viennent enrichir une expérience de jeu déjà fort généreuse. Certains ennemis peuvent d’ailleurs vous traumatiser car ils semblent impossibles à vaincre, mais à force d’essayer, tout joueur de rpg analysera et trouvera le moyen de les vaincre pour davantage de récompenses.

Les petits tracas

Ce jeu étant le premier de la série, les moyens et la finition ne sont évidemment pas parfaits et on retient plusieurs points qui viennent un peu ternir l’expérience de jeu.

La création de personnage avec la 2ème édition d’AD&D

Qui dit adaptation des règles d’un jeu papier dit aussi la migration de concepts stupides. Le premier exemple frappant est la restriction de classe par race. Les classes jumelées, présentées à la va-vite, reposent aussi sur des mécaniques contraignantes et tordues, même si elles permettent la création de puissants personnages. Le THACO, qui représente les chances de toucher, est très mal expliqué. Rien d’insurmontable, mais ce sont des éléments à prendre en compte lorsque vous créez votre premier personnage. On aurait apprécié des tooltips in-game, ainsi qu’une plus grande flexibilité sur l’adaptation des règles d’AD&D pour un jeu vidéo.

Mon auberge est aussi propre qu’un derrière d’elfe

Si les doublages sont nombreux et convaincants en anglais, la version française, elle, n’a pas eu le droit au même traitement. La qualité est très aléatoire et varie entre le médiocre et catastrophique, en passant par l’hilarant au mieux. On remarque vite que les enregistrements n’ont pas été faits avec le même matériel : certaines voix sont plus fortes, d’autres saturent… Ça sent le travail avec un budget réduit, ce qui peut faire sourire. Le doublage d’Imoen par exemple (un compagnon optionnel peu charismatique que vous rencontrez dès le début de l’aventure) dispose d’un doublage français très agaçant aux yeux de nombreux joueurs et joueuses… Et à raison ! D’un point de vue statistique, elle reste intéressante car c’est une voleuse que vous pouvez jumeler en magicienne, deux classes utiles dans Baldur’s Gate. Par contre, il faudra la supporter. Dans le 2ème opus, les doublages sont nettement mieux, donc gardez cela en tête si vous souhaitez jouer en version française complète. Peu importe que vous interagissez avec un PNJ random ou un héros recrutable, vous vous souviendrez des doublages français, et pas pour le mieux !

Ivre, il percute un ours brun

L’infinity engine, qui est le moteur du jeu, est loin d’être parfait, mais sa principale lacune demeure dans le pathfinding. Malgré les années, les patchs et l’enhanced edition, vos aventuriers empruntent souvent des chemins étranges pour se rendre à une destination que vous aurez définie avec un clic : ils font des détours, se séparent et en profitent souvent pour attirer les monstres du coin, ce qui est vraiment formidable quand votre mage se fait courser par 2 ours et 4 squelettes. Bref, il faut souvent s’y reprendre à cliquer plusieurs fois pour être sûr que personne ne décide de partir à l’aventure en solo, ou alors planifier des distances plus courtes pour éviter la catastrophe. Ça fait partie du charme diront certains, mais c’est parfois pénible.

Le méchant sanguinaire n’est pas le bienvenu

Baldur’s Gate est un jeu qui offre beaucoup de liberté au joueur pour éviter toute linéarité et encourager la rejouabilité. L’alignement se définit au départ et la réputation est tout à fait ajustable dans le jeu selon vos actions. La plupart des quêtes offrent souvent une résolution bonne ou mauvaise, selon vos désirs. 

Cela étant dit, vouloir jouer une ordure à tous les niveaux dès le début de l’aventure risque de s’avérer difficile, vu que des gardes et mercenaires spécifiques peuvent popper ici et là pour vous mettre la main dessus, dès que votre réputation est en dessous d’un certain seuil. Au fil de l’évolution, on constate aussi que le jeu n’a pas été pensé pour jouer un personnage mauvais sur tous les plans qui va trucider tout ce qui passe, contrairement à un Fallout par exemple. On peut ressentir une certaine limite au niveau de la liberté, mais vous risquez de louper des points clés de l’aventure si votre objectif est de tuer toutes les créatures et humains possibles. Pas la fin du monde, mais gardez cela en tête. La bonne nouvelle, c’est qu’en fonction de votre alignement (et celui de vos compagnons), vous recevrez sûrement des encouragements et félicitations de la part de votre groupe si vos actions sont alignées avec leur façon de voir les choses.

Pour conclure

Baldur’s Gate est un grand jeu d’heroic-fantasy pour tout amateur de RPG sur PC que l’on attendait depuis longtemps lorsqu'il est sorti. Une histoire bien écrite, des dialogues vraiment chouettes, des possibilités variées au niveau de la création et gestion de son héros/groupe, un monde gigantesque, un bestiaire assez complet et un grand méchant qui titille notre attention de plus en plus au fil de l’aventure. Cela dit, le jeu n’est pas parfait et on regrette certains aspects rigides, voire stupides de l’adaptation d’AD&D, l’impression de diriger un groupe qui est ivre 24h/24, sans oublier les doublages français catastrophiques (mais hilarants), ainsi qu’un aspect technique qui n’a pas super bien vieilli. Il reste un incontournable à faire en 2026 et la Enhanced Edition vous permettra d’y jouer sur un Windows, Mac ou Linux récent sans le moindre problème. Quant à la direction artistique, elle a très bien vieilli. Notre amour pour Baldur's Gate reste fort et constant, et ce, plus de vingt ans après sa sortie.