Mémoire Vive - Darkest Dungeon
11 ans déjà que Darkest Dungeon premier du nom est sorti sur PC. Lorsqu'il est arrivé en accès anticipé à la suite d’un Kickstarter réussi, il a réussi à impressionner beaucoup de personnes qui adorent le combat tactique au tour par tour. C'est également sans doute grâce à ce même jeu que le volume de ventes de moniteurs a augmenté, certains joueurs et streamers finissant par mettre leur poing dans leur écran.
Au fur et à mesure des années, certains RPGs ne prennent pas une ride et constituent toujours un véritable plaisir à refaire de zéro (coucou "Final Fantasy Tactics" et "Vandal Hearts"). La raison pour laquelle Darkest Dungeon est la troisième rétrospective depuis le lancement de Loot Letter est qu'il a su se hisser à ce niveau : incroyable, indétrônable - bien que souvent imité - et inoubliable.


Dans Darkest Dungeon, on incarne un groupe de quatre mercenaires parmi dix-sept classes existantes qui vont aller explorer des donjons pour accomplir des quêtes dont l'objectif est généralement simple : tuer (presque) tout le monde, visiter 90% de l'endroit, interagir avec des objets spéciaux ou anéantir un boss. Les déplacements dans les donjons se font en temps réel dans les couloirs, mais les combats se déroulent au tour par tour. Il va falloir user habilement des compétences de nos mercenaires pour venir à bout de nos ennemis en prenant le moins de dégâts, car il n'est pas possible de récupérer de la vie durant l'exploration, sauf en se reposant quand cela est possible (et sacrifier des provisions pour récupérer 1 points de vie n'est pas une bonne chose, excepté cas extrême). A cela s’ajoute la reconstruction et le développement d’un village en ruine qui permettra à vos héros de devenir plus puissants, mais également d’être mieux pris en charge après une sortie fâcheuse.
La boucle de gameplay contient un ensemble de mécaniques qui font que Darkest Dungeon débarque avec une bonne dose d'originalité à sa sortie. Lors de vos périples, il faudra bien sûr gérer la vie de vos personnages, s'assurer d'avoir assez de provisions, mais aussi garder un œil sur le niveau de luminosité global, sans oublier la quantité de stress amassée par vos compagnons. Ces deux dernières statistiques combinées sont presque plus importantes que la vie elle-même pour différentes raisons.


Tout d'abord, un niveau de luminosité élevé permet à vos aventuriers de garder un niveau de santé mental relativement stable. Il permet aussi de réduire les chances de se faire surprendre par vos ennemis (et donc leur donner un tour gratuit qui engendre un déplacement de vos personnages). Laisser l’ennemi démarrer un combat peut d’ailleurs s’avérer dangereux, voire fatal si vos personnages ne sont pas en grande forme. Certes, la quantité de trésors ramassée est un peu moindre en pleine lumière, mais à quoi bon vouloir ramasser un plus gros trésor si vous n'êtes pas capable de finir le combat. Ah oui, la mort est permanente pour rajouter un peu de fun.
Ensuite vient le stress. Que ce soit en marchant, en interagissant avec des objets dans les donjons, en combattant ou même parfois en se reposant, vos mercenaires accumulent du stress. Une fois un niveau de stress de 100 atteint, un personnage a de grandes chances de perdre la boule, ce qui va rendre l'exploration du donjon nettement plus agaçante : masochiste, sans espoir et paranoïaque ne sont que quelques exemples d'afflictions qui viendront nuire à votre run. Et bien sûr un personnage qui a perdu la boule va faire des actions pour stresser ses compagnons... Bref, vous pouvez voir venir un cercle vicieux à 100km.


Le bestiaire du jeu, varié, vous en fera baver et il faudra vite trouver la faiblesse de vos ennemis pour s'en débarrasser, pour peu que l’un de vos personnage dispose de la bonne compétence pour profiter de cette faiblesse. Plus le combat dure, plus vous risquez de souffrir car le niveau de lumière finira par diminuer et/ou le stress augmentera. A moins d'affronter un boss, chaque combat sera un challenge dans lequel vous devrez réfléchir pour venir à bout de vos adversaires le plus efficacement possible.
Oui, Darkest Dungeon est un jeu dur, très punitif ou parfois la malchance pourra même vous pourrir votre run. Votre apprentissage sera probablement arpenté de décès malencontreux qui pourront vous faire grincer des dents, ou vous faire pleurer selon votre personnalité. Mais lorsque vous saurez gérer habilement les différentes mécaniques du titre et que vous saurez à quoi vous attendre avant d’aller dans un donjon, votre compétence en jeu finira par payer et vous serez fier de rentrer intact (ou presque) au village après une longue sortie.


Malgré tout le « skill » que vous aurez développé, sachez qu’il est tout à fait possible de mourir sur un coup malchanceux, pour peu que votre personnage se soit pris un coup au mauvais moment ou alors tout simplement qu’un effet de saignement ou poison s’active pour l’achever (lorsqu’un héros a ses points de vie réduit à zéro, il clignote et chaque dégât direct ou indirect qu’il reçoit à une chance de l’atomiser définitivement). N’oubliez pas, la mort est permanente…
A cela s'ajoute une direction artistique tout simplement magnifique. Les développeurs se sont inspirés du comics Hellboy de Mike Magnolia et visuellement parlant, le résultat est splendide, même 11 ans après sa sortie. La direction sonore n'est également pas négligée : en plus d'avoir des musiques et bruitages réussis et adaptés à l'ambiance du jeu, les développeurs ont fait appel au comédien vocal Wayne June pour la narration. Son timbre de voix colle parfaitement avec le jeu et vous aurez le droit à un narrateur qui tentera de vous déstabiliser, vous démoraliser, voire vous ridiculiser, et tout cela fait avec panache. A noter que les développeurs ont fait appel à ses services pour Darkest Dungeon 2, mais il a également prêté sa voix à Dota 2 quelques années auparavant.


Les deux années suivant la sortie de Darkest Dungeon, deux DLCs sont venus se greffer au jeu principal : The Crimson Court et The Color of Madness. Le premier rajoute une toute nouvelle campagne narrative centrée sur la décadence, la malédiction de l'infestation sanguine et les origines tragiques de l'Ancêtre. Une nouvelle zone, une nouvelle faction d'ennemis vampires et un nouveau système de malédiction s'ajoute au jeu de base pour bien épicer une aventure qui est déjà difficile. Certains boss vous donneront du fil à retordre et la plupart des zones sont longues et douloureuses. Des nouvelles classes s'ajoutent aussi au jeu (mention spéciale pour le Flagellant qui est très réussie) afin de vous redonner un soupçon d'espoir.


The Color of Madness, quant à lui, est un DLC qui repose sur un défi de type « survie » basé sur un mode infini, inspiré par l'horreur cosmique Lovecraft. Un nouveau biome (la Ferme) fait son apparition, ainsi que des nouveaux ennemis et boss. Bonne nouvelle, la mort n'est pas permanente dans ce mode, ce qui n'empêche pas que le jeu vous fera souffrir un maximum, mais vous permet de varier les compositions avant de partir à l'aventure. Il offre d’ailleurs une excellente rejouabilité comparé à The Crimson Court.
En 2020, un dernier mode PvP fait son apparition dans Darkest Dungeon, mais il est vraiment sans intérêt, générant des combats longs et mous.
En 2026, soit plus de 11 ans après sa sortie, Darkest Dungeon reste un jeu à ne pas manquer pour les fans de rpg au tour par tour qui aime le vrai challenge. Son gameplay et sa direction artistique/sonore n'ont pas pris une ride. Des titres sont venus s’inspirer de ce chef d’œuvre pour offrir des variantes, comme Iratus : Lord of the Dead ou encore Legend of Keepers qui se veut être un Darkest Dungeon inversé). L'atmosphère ténébreuse et stressante du jeu vous envoûtent et chaque victoire de donjon ou de boss obtenue avec vos quatre héros vivants vous rend fier, fier d'avoir appris à jouer au jeu et de savoir gérer différentes situations incroyablement délicates. La moindre erreur peut être impardonnable, mais on y prend goût, on serre les dents, on continue d'envoyer nos héros en quête de trésor, expérience pour finalement comprendre toute l'histoire du Darkest Dungeon.

